François Heusbourg est né en 1981. Il est l'auteur de deux recueils de poésie et un livre d'artistes aux éditions Mémoire Vivante. Vit et travaille à Nice.
ORAGIE
Le Livre
Pris dans la trame du monde les soirs d'orage, pris dans les vêtements du monde, on compte les pertes dans
les rues les soirs d'orage. On se demande s'il faut fuir, ou juste partir ? Sur le départ, armes et bagages, ce qui n'est pas perdu, toute une nuit, tout un matin, contre la route, dans
l'embellie. Pris dans les paysages et pris dans la trame des routes, à la traversée du pays, les terres meubles, la dégringolade des mondes à la radio. Les routes tiennent le coup, les hommes sur
les routes, à l'endroit du monde. Accalmie du voyage. On parcourt le pays, on s'aime, et on fuit. L'aventure ou la fuite, moteur gronde, orage gronde. Couvert par les vêtements du monde. Pays
qu'on abandonne et pays qu'on transforme. Ce qui est à vendre, ce qui est à prendre. Petit monde, petite pluie, petit matin. La voiture s'engouffre dans le soir. L'amour comme passager. L'amour
freine, la mort fonce. Reste. Pars. Accalmie. Oragie.
Extrait
Je pars dans la petite nuit
Qui précède le petit matin
Le soleil se lève tard en chemin
Et me rattrape sur la route
Jambes légères sur l’accélérateur velouté du matin
Je conduis vers la mort, le réservoir est plein
Le moteur gronde
Un avion passe
Sur un buisson de roses
Mes pensées roulent hors de la conscience de la route
Je suis réveillé depuis sept heures
Mais l’esprit me donne l’alerte du monde après midi
Dans quelle torpeur songeuse ais-je séjourné ?
Quels fantômes ais-je suivis ?
Quelles épouvantes
La mer, le feu, l'eucalyptus, mes hypnoses
Je conduis vers la mort pas la mienne
Fin de zone aménagée
Grands troncs coupés sur le bord de la route
Les lointains profils bleus des montagnes
Forment comme la frontière apaisante du monde
J’ai brassé le jour, j’ai brassé la nuit
Dans une épouvante
Du haut des villages belvédères les collines se succèdent
En vagues azur et grises
Et deviennent dans leurs couleurs qui s’estompent
Un horizon de mer immobile
Une mémoire fossile panorama mortuaire
D’un monde qui a eu le temps de vieillir
L’envie monte en soi de plonger dans ces vestiges
Dans cette succession de vagues figées
Elles ont vu d'autres hommes en d'autres temps
Et j’ignore si j’ai tout emporté
Ou si j’ai tout laissé derrière moi.
Dessins d'Adrien Rozzatti
2011, Mémoire Vivante, 64 pages, ISBN 978-2-903011-96-3, 16 €
CONTRE-ESCALES
Le Livre
Dans cette odyssée urbaine, François Heusbourg dresse le théâtre
multiple d’une cité nocturne, hivernale, fourmillante. Autant de poèmes, autant de «contre-escales» : stations, détours, décors, jalons à rebours qui conduisent
au foyer, au quotidien, à l’absence peut-être d’un amour laissé derrière soi.
Extrait
Cloués sur le passage
les hommes à la dérive
et les gués assoiffés
brasier rouge l'oeil interdit
La rue siffle ses vents éteints
j'ai bien failli disparaître contre des moteurs silencieux
cloués à la dérive les hommes assoiffés
et les gués interdits
Dessins d'Adrien Rozzatti
2007, Mémoire Vivante, 84 pages, ISBN 2-903011-68-0, 16€
LES CELLULAIRES
Le Livre
Plongée dans la cellule d'un condamné, coupable de sa douleur, qui dévoile peu à peu sa condition précaire d'homme sans
sursis.
Extrait
Toutes les nuits
Dans mes rêves tu
Me quittes et j'en crève
La moitié du lit
Cette Sainte-Hélène
A laquelle tu
Me circoncis
Dessins de Sébastien Bonnargent
2005, Mémoire Vivante, 64 pages, ISBN 2-903011-58-3, 16€
Tirage de tête, 20 exemplaires numérotés avec une gravure de Sébastien Bonnargent, 50€